Une histoire en NBA – Episode 2 : Les Spurs

Une histoire en NBA : YPC vous raconte l’histoire récente des franchises NBA.

Après une conversation avec ma copine, je me suis rendu compte que je parlais trop souvent de NBA. J’ai aussi compris que certains termes étaient trop techniques et pouvaient rendre  inintéressante ma discussion, dialogue, monologue. Je me suis donc lancé dans une explication de la vie des équipes NBA. L’Épisode 1 était consacré aux Chicago Bulls et au dieu Michael Jordan.

Episode 2: Les Spurs.

J’ai cherché assez longtemps entre mon article sur Les Bulls de Chicago et celui-ci sur les Spurs. J’espère toujours convaincre ceux qui à l’inverse de ma personne ne sont pas fans de la NBA, qu’il y a toujours une façon plus ludique de vulgariser les intérêts pour que cela plaise au plus grand nombre.

J’ai parlé précédemment de mythologie et de NBA et je ne voulais pas reprendre la trame de l’Élu pour expliquer cette franchise qui a tant influencé la ligue. A quoi les Spurs ou leur système me font penser ? Il serait bien trop facile d’utiliser l’analogie de Bleacher Report et de leur micro série Games of Zones, que je vous conseille de regarder si vous êtes un aficionado de Games of Thrones et de la NBA. Oui ! Les Spurs sont des White Walkers, des ovnis qui convertissent tous ceux qu’ils touchent en machine obéissante, en robot. En ce qui me concerne, ils optimisent le potentiel de chaque joueur en se basant sur une règle très simple : à quoi bon se concentrer sur les faiblesses d’un joueur, il faut plutôt se concentrer sur les qualités que ce joueur peut amener dans un système préétabli. Une organisation de l’entreprise de façon transparente avec une définition des rôles simples qui peut faire rougir les meilleurs départements RH et de recrutement. Cependant ce n’est pas cette direction que j’ai souhaité prendre. Que représentent les Spurs de San Antonio dans la Pop Culture?

Qui sont les Spurs?

Avant tout, le Spurs ne sont pas cool. Comment je le sais? Lorsque je jouais au basket, il fallait juste regarder les maillots que les gamins portaient à l’époque. David Robinson qui était la star de l’équipe n’était pas flashy, très bon joueur mais dans la catégorie ennuyeuse; même un joueur fantasque comme Dennis Rodman n’a pas fait long feu à San Antonio au début des années 90.

L’ajout de Tim Duncan dans l’équipe lors de la draft de 1997 fait souffler un vent de renouveau chez les texans. On parle de plus en plus de cette franchise, ils ont enfin leur joueur “bankable”. Cependant le jeu des Spurs vue comme trop conservateur, trop b.a.-ba ne réussit pas à conquérir de nouveaux fans.

Avertissement: “Pour ceux qui souhaitent faire des réactions à chaud sur ce que je viens de dire, je ne dis pas que ces joueurs n’étaient pas bons, ils sont les meilleurs à leur poste, ils font partie des 50 meilleurs joueurs de la ligue.”

Les Spurs ne plaisent pas car leur jeu filé s’apparente à une danse de robots jouant au basket, : chacun suivant son rôle, pas de frasques, pas de célébrations, pas de fun. Malgré un logo plutôt coloré entre 90-2000, leurs maillots ne sont pas “fashion” (noir et argent, sobre), leur jeu n’est pas fait de « alley hoop » et de gros dunks que la machine divertissante qu’est la NBA met en avant pour se vendre. .

Les Spurs sont-ils The Wire?

Sur Écoute ou The Wire est une série (la meilleure) qui raconte l’histoire de la ville de Baltimore dans l’état du Maryland en prenant la perspective de la police, de la politique, des dockers travaillant dans le port et des dealers de drogues. Même si il y a des personnages principaux, le scénario est l’élément central de la série au-dessus des acteurs et de leur personnages et comme pour les Spurs, la somme prévaut sur l’individu. Cette série est anti-spectaculaire, longue et lente. Les épisodes sont longs et lents, ils font 1h en général et le premier retour que j’ai lors de mes sessions de prosélytisme c’est “ j’ai essayé mais c’est lent, rien ne se passe” ou encore “J’ai pas pu regarder plus loin que l’épisode 3 de la saison 2”. Pour cette dernière remarque c’est vrai que cette saison est lente. L’histoire ne se concentre plus sur les vendeurs de rue mais sur le système qui permet aux drogues de rentrer dans la ville: Le Port. Rien n’est donné gratuitement dans cette série, chaque deroulement se mérite, chaque personnage est complexe, chaque environnement est décrit dans son ensemble. Par exemple, il n’y a pas de jugement ni de définition claire du bien et du mal, même dans le monde des dealers de drogues, il y a des valeurs profondes et des réflexions sur la société et la condition humaine des pauvres. Deserve got nothing to do with it. It’s his time, that’s all” de Snoop ou “Middle management means that you got just enough responsibility to listen when people talk, but not so much you can’t tell anybody to go fuck themselves.” de Howard ‘Bunny’ Colvin. Regarder the Wire quand on écrit, c’est un peu comme regarder un match des Spurs quand on est fan de basket. C’est un plaisir énorme, plein de petites pépites. Je repense à cette scène qui se passe lors d’une partie de poker. C’est la première fois que le personnage d’Omar, le robin des bois de la série, rencontre Marlo, le nouveau boss. N’oubliez pas, la scène se tourne dans une partie de Poker, donc le vocabulaire va avec:

“SPOILER ALERT”

Flush to the queen.
Marlo: Full house.
Omar: All right, everybody, Let me see them hands, y’all.
Hands.
Hey, yo, big man, back up.
I don’t know about cards, but, I think these 45s beat a full house.
Hey, yo, banker, cash me out, yo.
Boy, you want a head on that body, you best hop to.
Marlo:That’s my money.
Omar: Man, money ain’t got no owners, only spenders.
I tell you something else– I like that ring, too.
Boy, you got me confused with a man repeats himself.
Marlo: This ain’t over.
Omar: Oh, that’s how you carrying it, shorty? ‘Cause, I can find your peoples a whole lot easier than they can find me.
Marlo: Wear it in health.
Omar: No doubt.

Le jeu des Spurs est aussi fluide qu’un dialogue de The Wire. Il y a les bases fondamentales, au basket, il faut marquer; dans une série, il faut intéresser l’audience et faire en sorte que les personnages et leurs dialogues collent à l’histoire. Il y a aussi un brin de folie et une exécution intuitive.

Les Hommes de l’ombre

On ne peut parler des Spurs et de The Wire sans parler de leurs “poto mitan”. David Simon et Gregg Popovich se sont imposés dans la NBA et chez HBO sans fioriture et sans changer leur approche malgré le fait de parfois nager à contre courant. Chaque année on entend la même rengaine sur l’âge des hommes de Popovich, leur style de jeu n’est jamais celui correspondant à la tendance. La culture Spurs impose son style. Lorsque The Wire sort, les hommes de Simon sont confrontés à une audience qui est friande de séries comme The Shield, CSI: Miami, NCIS et pour finir LOST. Tous ont la même recette, le cliffhanger à la fin de chaque episode qui pousse l’audience à quémander la suite au plus vite. C’est un principe qui ressemble a de la torture, c’est pour cela que je m’ennuie a chaque fois qu’une nouvelle série fait cela. JE PARLE DE TOI: HOW TO GET AWAY WITH MURDER.

David Simon a commencé sa carrière en tant que journaliste à Baltimore et son expérience pendant un an avec la brigade criminelle lui a donné une perspective unique sur la situation de la guerre contre la drogue aux Etats-Unis et c’est peut-être pour cela que deux personnages diamétralement opposés, Bodie (le corner boy, vendeur de drogue et manager d’une petite équipe) et Marla Daniels (politiciennes et ex-femme d’un lieutenant) arrivent à la même conclusion en parlant chacun de leurs réalités.

Bodie: This game is rigged, man. We like the little bitches on a chessboard.

Marla Daniels: The game is rigged, but you cannot lose if you do not play.

Simon fait des productions tv très proches du documentaire, avec beaucoup de détail et comme je l’ai dit un peu plus haut, rien n’est simple dans son oeuvre. Les gentils et les méchants habituels ne sont pas les méchants et les gentils du réel. Il y a une quête qui transcende la réalité et se rapproche de la vérité dans The Wire: La complexité de l’être humain et de sa relation avec la société, être extra-humain.

Gregg Popovich a une formation militaire, un être complexe a la fois attachant et détestable qui a l’air de sortir tout droit d’un film d’espionnage tourne pendant la Guerre Froide. Son pedigree parle de lui-même, il est avec les Spurs depuis 1994, 22 ans de carrière en tant que coach, cinq titres NBA, trois titres de meilleur coach de la saison. Il a une relation très compliquée avec les médias couvrant la NBA et souvent les journalistes en payent le prix. C’est un homme de très peu de mots quand il parle aux personnes externes à son organisation, mais tous ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui prône son art de la communication et son ouverture d’esprit. Il a modelé les Spurs avec des principes de respect, d’inclusion, de diversité et surtout, fait de cette équipe un lieu où l’ego et l’individu doivent laisser place au groupe et potentialiser son fonctionnement.Plus récemment, il est devenu très vocal sur les problèmes ethnico-sociaux dont souffrent les Etat-Unis et surtout sur son nouveau président.

Casting International et presque inconnu

Les Spurs se sont penchés sur le vivier du basketball international d’une façon plus agressive que les autres franchises. Un talent reste un talent peu importe d’où il vient, tant qu’il sait jouer au basket intelligemment ; tant qu’il fait le boulot ! Lors de la saison 2013-2014 où ils finiront champions (du monde) de basket, sur un effectif de 15 joueurs, sept joueurs étaient internationaux. Il faut savoir que cela est assez inhabituel dans le sport américain le plus exportable, le système de draft est biaisé envers les joueurs étrangers, peu de franchise se mouillent et elles préfèrent souvent des joueurs venant des universités américaines.

  • Tim Duncan : Iles Vierges.
  • Tony Parker, Boris Diaw : France.
  • Patty Mills: Australie.
  • Marco Belinelli: Italie.
  • Tiago Splitter: Bresil.
  • Manu Ginobili: Argentine.

Le casting de The Wire, à ma grande surprise, était aussi très international et sans grande star hollywoodienne pour que le jeu soit mis en valeur plutôt que le nom de l’acteur. Les anglais Dominic West, inspecteur McNulty et Idris Elba, Stringerbell, baron de la drogue, et l’irlandais Aidan Gillen, jeune politicien qui souhaite faire bouger les choses dans sa ville partagent l’affiche avec des acteurs que l’on a l’habitude de voir dans les séries HBO(Lance Reddick, J. D. Williams, Seth Gilliam,etc.). Comme pour les Spurs, un talent reste un talent peu importe d’où il vient, tant qu’il sait jouer intelligemment ; tant qu’il fait le boulot !

Infiltrations de la ligue et des autres franchises

Les Spurs ont infiltré la ligue comme des espions russes. Le site de sport SBNation a en 2013 publié un infographique au sujet de la descendance du duo coach Popovich et General Manager RJ Buford.

A cette liste, il faut ajouter Sean Marks, originaire de Nouvelle-Zélande, ancien joueur des Spurs entre 2003-2006 et ancien membre du staff de coach entre 2013-2016. Il est, depuis 2016, le nouveau manager general des brooklyn nets et retrouve ainsi un certain Jacque Vaughn, présent dans la liste au-dessus, dans l’organisation de la franchise. La marque de fabrique Spurs se répand dans la ligue aussi bien au niveau de la national basketball association que des franchises. Steve Kerr coach des Golden State Warriors, membre des Spurs entre 1998-2001 puis entre 2002-2003, a récemment redoré le blason de l’équipe d’Oakland en gagnant deux des trois dernières finales.

Pour nos acteurs de The Wire, l’histoire se répète un peu de la même façon. La plupart d’entre eux se sont retrouvés dans d’autres séries très populaires.

  • The Walking Dead – Seth Gilliam, Lawrence Gilliard Jr., Chad Coleman
  • Luther – Idris Elba
  • Boardwalk Empire – Michael K. Williams
  • Game of Thrones – Aidan Gillen
  • The Affair – Dominic West
  • Suits – Wendell Pierce
  • Michael B Jordan – Friday Night Lights, Fruitvale Station, Creed et Black Panther – jouant le rôle de Wallace retrouve Michael K Williams, le légendaire Omar dans That Awkward Moment (Oui j’ai regardé ça).

L’histoire des Spurs pourrait se résumer à un centre de formation pour les équipes et aussi pour les joueurs. Il y a une marque Spurs, synonyme de réussite et d’ordre. Il y a aussi une fierté de voir ces anciens joueurs ou collaborateurs réussir autre part. Ce n’est pas le jeu le plus attrayant et malgré le fait d’avoir chaque année la même rengaine: “les Spurs sont trop vieux”, c’est la meilleure franchise des 20 dernières années. La série The Wire elle aussi, vieillit bien. Commencée en 2002 a l’époque où avoir un portable était un luxe et où internet n’était accessible que sur un ordinateur, elle a évolué au fil des saisons en intégrant les évolutions technologiques dans l’histoire, par exemple, les dealers sont passés de l’utilisation des cabines téléphoniques pour coordonner les livraisons de drogues à l’utilisation des textos pour ne plus être mis sur écoute par la police. Neuf ans après la dernière saison, c’est toujours un classique, pour moi c’est une série indétrônable. Numéro Un. Numéro Un. Numéro Un. Je l’ai regardé en entier deux fois et je pense la regarder une troisième fois avec les commentaires des écrivains et du directeur avant la fin de l’année.