La main invisible

Samedi 30 septembre. 05h37.

Je me suis toujours demandé pourquoi la plupart des pornos finissaient par une éjaculation faciale.

Le chibre ramolli et malgré l’arrière goût d’auto dégoût, hérité de 2000 ans d’éducation chrétienne, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le purpose de l’éjac faciale et les ressorts symboliques et autres construits et représentations qui font que dans une quasi unanimité, (à la louche certes; l’offre de contenu étant pléthorique, il m’est apparu très rapidement compliqué et épuisant de vérifier empiriquement cette affirmation – malgré toute sa bonne volonté, un homme a ses limites) l’industrie du film X a décidé de clôturer ainsi la plupart de ses réalisations. Je m’attache toujours à accompagner mes séances d’onanisme avec de la réflexion et de la déconstruction en rapport avec l’objet culturel auquel je viens d’être exposé. Sam Kramrr, c’est beaucoup de branlette intellectuelle. Littéralement.

À force d’enquête et d’expérimentations, j’en suis arrivé à classer les effets/raisons du choix de cet étrange lieu pour accueillir du liquide séminal :

  • La situation de puissance de l’homme face à la(es) femme(s) souvent à genoux et soumise(s). Comme dans une forme de dévotion et de prière. En face un ou plusieurs hommes, s’activant, pendant qu’elle(s) attend(ent) de recevoir la sublime onction, les yeux brillants, plongés dans le centre de la caméra (pour que l’identification fonctionne), la bouche ouverte, comme des oisillons prêts à être nourris dans le nid. La scène est plutôt claire. L’homme est placé dans une position de divinité dont la manifestation concrète du plaisir recouvrira le visage de ses fidèles, dans une forme de célébration de la jouissance masculine, où la joie qui se lit sur les visages pourrait à peu de choses passer pour celle que ressent le fidèle tout juste aspergé d’eau bénite.
C’est bon? Tu visualises?
  • Autre ressort, en plus de la domination : il y a une forme de narcissisme. Dans un acte presque magnanime, entre la possession et l’appropriation, ils semblent leur dire  “je couvre ta face de milliers de moi” comme on prendrait plaisir à regarder son reflet à la surface d’un étang.
  • C’est aussi un peu l’équivalent de la mission civilisatrice des nations coloniales. “Je te fais l’honneur de m’appartenir et je te fais la grâce de te modeler à mon image, parce qu’après tout je suis Moi. Ne me remercie pas.” Et hop ! Te voilà dominion, colonie, territoire…À ceci prêt que les peuples colonisés ne sont pas restés à genoux, suppliant de se faire départementaliser la face. Enfin pas tous. Enfin je me comprends.

    En fait, plus j’y pense, plus je vois ça comme l’expression la plus basique de cette pulsion qui nous a poussé de la grotte à la lune à nous répandre toujours plus, toujours plus loin en modelant nos conquêtes à notre image.
La fois où l’humanité a dit à la lune “je te couvre la face de moi”.
  • Et le point de vue des femmes me diras tu ? Tu les présentes comme des victimes dociles, mais que sais-tu de ce qu’elles y prennent comme plaisir ? Rien justement. Je ne parlerai pas en leur nom et leur laisserai le soin de nous en dire plus sur le sujet. Parce que je suis un garçon moderne qui s’efforce de ne pas participer au maintien du patriarcat mais aussi parce que j’aime bien écouter les filles parler de sexe. C’est souvent très drôle et instructif. Toujours fascinant.
Lundi 2 Octobre. 20h28

La théorie du ruissellement dont – je l’avoue – je n’avais jamais entendu parlé a colonisé mon feed facebook (oui je te mets un lien vers les Echos, marre de me faire taxer de crypto communiste, d’islamo bobo ou de mélenchoniste chaque fois que je soulève l’absurdité et les dégâts du modèle ultra-libéral). Je fais quelques recherches et comprends qu’en gros l’idée c’est qu’en donnant de l’argent aux plus riches, sous forme d’exonérations fiscales par exemple (Emmanuel Pluton je te vois), ils vont investir cet argent, ce qui va, dans l’ordre et dans une spirale vertueuse exponentielle, booster les entreprises, créer des emplois, créer de la richesse, soigner le cancer, réduire le trou de la couche d’ozone (on n’en parle plus de celui là d’ailleurs), frapper Hanouna d’une extinction de voix chaque fois qu’il s’approche d’une caméra ou d’un micro, régler la crise Israélo-Palestinienne et faire réélire Manu Mercure par des Français reconnaissants que les riches aient eu la magnanimité de les rendre un peu plus comme eux, par le simple ruissellement de leur richesse. Le rêve hein!

Là où c’est drôle, c’est que si tu as fait quelques recherches (ou simplement lu le lien vers lequel je te renvoie), la théorie du ruissellement n’existe pas et du coup a contribué à créer autant de richesse pour tous que l’on a de chances de concevoir en se livrant à l’exercice décrit plus haut. En y repensant, Aeolus Macron n’applique que la politique pour laquelle il a été élu.

Il s’assure que les riches ruissellent sur le peuple.

Maintenant
Ta tête en lisant ma chronique quand tu te demandes où je veux en venir.
Jeudi 05 Octobre. 17h21.

J’irai vendre du shit
Au pied des tours de la City
Troquer le costard anthracite,
Pour baskets blanches et hoodie

J’aime bien cette idée. Faudra que j’en fasse quelque chose. Un poème peut-être, ou la caser nonchalamment dans une chronique.

Mardi 3 octobre 14h54

J’aimerais bien avoir le contact du dealer d’Adam Smith.

Adam Smith, père de l’économie moderne, père du capitalisme, père du libéralisme. Adam Smith, père de la main invisible.

En gros, je résume pour les flemmards qui n’ont pas regardé la vidéo, 5 points essentiels pour Adam Smith (présentés avec l’objectivité que vous me connaissez) :

  • La main invisible : la recherche de l’intérêt particulier est bénéfique à l’intérêt général. En cherchant à accroître sa richesse, on accroît la richesse de tous. “Mais comment ça marche ?” me demanderez vous ma petite dame, et vous avez raison : “La main invisible. La MAIN INVISIBLE !”

  • Le libre échange : les relations commerciales entre pays sont bénéfiques à leur croissance et doivent être encouragées. Dans l’idée ça tenait la route, mais 2 siècles plus tard, ça m’a l’air d’être devenu une autre séance d’arrosage collectif, avec cette fois, les masses en guises de légumes assoiffés. Je regarde un traité comme le CETA qui prévoit en outre la création de tribunaux d’arbitrage privés qui permettent aux multinationales d’attaquer un Etat si elles jugent que les lois en place par exemple sont défavorables à leurs investissements. Je reconnais que je fais un peu mon crypto communiste islamo bobo mélenchoniste. Fair Enough. C’est un peu plus complexe que ça et des “gardes fou” ont été “mis en place”. Je mets quand même le lien vers la Commission Européenne qui explique le tout. Bon ça reste le site de la Commission Européenne, connue pour ses positions anti-libérales. Mais le rédac chef m’a demandé de nuancer, voilà qui est fait. Je regarde donc ce traité et je me dis que c’est quand même une belle chose le libre échangisme… 
  • La division et la spécialisation du travail. On produit plus avec cent personnes qui réalisent chacune une tâche différente, qu’avec une personne réalisant ces cent tâches. C’est brillant tellement c’est évident dans le concept. Qu’est-ce qui pourrait foirer ? 
  • Le vrai moteur de l’économie c’est la valeur du travail, pas celle de la monnaie (ni celle de la finance, de la spéculation, etc. ajouterais-je si j’osais). Ça me rappelle quelqu’un tiens… 
  • L’Etat doit réduire son action au strict minimum. Assurer ses fonctions régaliennes : sécurité, justice, lutte contre la corruption, paix dans le monde, cumbaya etc. Mais surtout pendant qu’il fait tout ça, s’abstenir de mettre les mains dans nos poches et laisser les gens investir, commercer, faire de l’oseille, du biff, de la thune, du chiffre, de la fraîche, lajan la, bref créer de la richesse sans leur casser les pieds avec des régulations.

Note de la rédaction : On vous recommande fortement de jeter un oeil à Adam Smith et son livre “la richesse des Nations”. Sa pensée si elle a donné ses fondements au libéralisme, a aussi posé les fondements des démocraties modernes et de la protection des libertés des citoyens par l’Etat. Elle a été toutefois entre temps quelque peu détournée par les ultras-libéraux. Nous vous conseillons par ailleurs de vous intéresser aussi aux néo-libéraux de  l’école de Chicago, Eugene Fama, Milton Friedman et les boys de Chicago (les vrais méchants de l’histoire). Dernière recommandation: la lecture de La Stratégie du Choc : la montée d’un capitalisme du désastre par Naomi Klein ou le visionnage du film.

Samedi 30 Septembre 15h22

J’agonise.

J’ai atteint cet âge où l’alcool et le poulet frit créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent.

J’agonise donc sur mon lit et repense à ma réflexion sur le porno. On sait tous que les mensurations des acteurs sont en fait des erreurs statistiques; que les chances de finir dans un plan à trois avec une Milf et sa belle fille, se battant pour savoir qui est le meilleur coup des deux alors qu’on venait juste livrer une pizza, sont infinitésimales; ou qu’en vrai personne ne fait l’amour dans la douche sans glisser sur le savon, se prendre un jet d’eau (chaude ou froide, jamais tiède,jamais) et se rattraper péniblement au rideau de douche avant de décider que le lit c’est pas mal en fait. Tout ça coule de source. Une autre chose que l’on sait fausse sans y penser c’est la longueur des rapports. Non, les hommes ne durent pas 1h45, en érection, en ayant un rapport sans éjaculer. Si c’est le cas, ça s’appelle un priapisme et il faut consulter. Pourtant les acteurs semblent bénéficier d’un stamina hors du commun. Ça ou alors…

Parce que le coté non “glamour” du X, c’est quand même cette main qu’on ne voit jamais à l’écran qui s’assure que l’acteur soit toujours prêt à performer quand on a besoin de lui. Il n’est pas toujours le membre tendu, conquérant, prêt prendre et se répandre un peu partout. Il est d’ailleurs plus souvent occupé à se mettre en forme qu’à jouer ses scènes. Cette main qu’on nous cache est quand on y pense, celle qui rend la magie possible. On nous cache le pathétique. Le pas sexy. Le truc qui te couperait l’envie de regarder du porno : l’acteur assis sur une chaise en métal, qui se prépare tout en buvant sa boisson énergétique, alors que l’actrice se remaquille après s’être éclipsée dans les toilettes, poire sous le bras, juste avant la scène suivante. Nous sommes d’accords : pour que le rêve et l’identification subsistent, il vaut mieux qu’elle reste invisible cette main.

On ne la voit finalement que quand elle frappe, prend, serre, saisit, s’agrippe, arrache et provoque enfin le ruissellement évoqué plus haut. Apothéose à l’autre bout de la main. Pour le plus grand plaisir de sa(es) partenaire(s). (Not)

Sauf que la semence en question est souvent fausse, faite d’un mélange de lait, de blanc d’oeufs et de sucre. Que cette manne fertile censée ruisseler sur l’autre est dilapidée dans un acte d’auto-érotisme suprême : à pur perte, pour le kiff. Pour le maintien de l’illusion et continuer de jouir à pur perte, pour le kiff. Et finalement, la jouissance n’est toujours que celle des mêmes.

Pendant ce temps là, toi, moi, nous, on mate, on s’identifie, on fantasme, on s’y voit. On jouit.  A pure perte. Pour le kiff. Mais moins fort. Moins glam. Alors l’on remet une pièce dans le compteur. Et l’illusion perdure.

Maintenant (mais un peu plus tard que tout à l’heure)

Tu comprends qu’il n’a jamais s’agit de porno dans cette chronique.

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