Et si les DOM devenaient producteurs de cannabis?

 

Si pendant de trop nombreuses années la France n’a pas su élever le débat sur la légalisation du cannabis au-dessus des considérations de sa morale « Judéo-chrétienne », depuis quelques années, il devient de plus en plus difficile pour le gouvernement de manquer de pragmatisme à ce sujet.

Car oui, les nombreuses études sur la plante ont permis de mettre en exergue un grand nombre de propriétés et probablement autant de marchés potentiels. Comment alors peut-on légitimement refuser de considérer une plante qui permet de soulager les maux de patients atteints de maladies lourdes, de lutter activement contre certaines cellules cancéreuses, dont les fibres peuvent servir dans le textile ou l’isolation et dont les graines servent à l’alimentation animale entre autres exemples.

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Et là, j’en parle objectivement ! Mon amour inconditionnel pour cette plante unique pourrait m’amener à en parler des plombes façon Jamie de c’est pas sorcier…et merde ce n’est quand même pas un hasard si c’est la seule plante dont on peut distinguer le sexe à l’œil nu et si on possède des récepteurs spécifiques aux cannabinoïdes…mais tranquille, je reste concret !

Outre les dépenses considérables qu’ont représenté et représentent encore la lutte contre le trafic de cannabis, il est une chose qu’on ne peut ignorer, surtout si l’on prétend parler d’économie ; La France est le premier pays consommateur d’Europe et paradoxalement un des moins progressistes sur sa politique à l’égard du cannabis. En fait techniquement, en France, il est interdit de présenter la plante sous un jour favorable, à l’instar de toutes les autres « substances stupéfiantes ». Pire, le cannabis a même été banni de la pharmacopée française depuis 1953 alors que paradoxalement, on peut vous refourguer des médicaments dont la liste des effets secondaires est plus longue que le code pénal.

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Bon les gouvernements français n’ont pas été audacieux sur la question de la légalisation et l’exemple du voisin hollandais n’avait pas semblé modifier leur perception de la chose. Qui a dit que le changement viendrait de Hollande ? (ha ha jeu de mot pourri). En revanche, les exemples de la Californie et plus récemment du Colorado ont su démontrer le potentiel commercial incroyable du cannabis. En fait, cet état ( Le Colorado) a fait tellement de bénéfices grâce à la Weed qu’il risque de devoir en redistribuer une partie au contribuable ! Une pluie d’or vert ! Et un des arguments principal de la légalisation dans cet état était qu’une grosse part des revenus associés soient reversés aux écoles. Ce faisant ils avaient convaincu la majorité des citoyens, en particulier les mères de familles.

Alors quand on entend parler de dette, d’austérité… On a envie de dire « Merde, François, Merde ! » ..ah oui mais ça va mieux, j’oubliais.

Mais soit, c’est compliqué pour la France d’opérer le tournant du Cannabis car à l’échelle nationale le contrôle exigerait beaucoup de moyens. Le temps que l’état mette en place des structures de contrôle et de régulation, on a le temps d’avoir laissé passer le coche.

Pourquoi alors ne pas tenter le coup à l’échelle locale ?

La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion, Mayotte ne pourraient-elles pas servir de laboratoire pour expérimenter cette économie ? Je gage que oui. A plus forte raison si on a des acteurs politiques qui ont un peu de couilles.

Je vais prendre l’exemple de la Guadeloupe puisque c’est celui que je connais le mieux mais les arguments peuvent s’appliquer à tous les autres DOM.

Tout d’abord, l’agriculture dans l’île est héritée du système colonial. Les cultures de la canne à sucre, de la banane, qui représentent une grande partie des exploitations agricoles ne tiennent pas la route sur du quantitatif. Sans la préférence communautaire et les subventions, probable que tout ceci se serait cassé la gueule il y a quelques années.

Attention je ne dis pas qu’il faille tirer un trait sur ces cultures, elles gardent un intérêt qualitatif mais nous serons toujours perdants sur le volume. Comment comparer la production d’une île comme la Guadeloupe à celle d’un pays comme le Panama.

Non, les DOM méritent de la diversification tout comme ils méritent de valoriser leur demande interne et de concentrer leurs efforts de production dans le sens du qualitatif. Pour ce qui est du rayonnement, et des marchandises à l’export, le Cannabis pourraient jouer un rôle central, un rôle de poto-mitan si on y réfléchissait. vu le cours du gramme, il serait plus rentable d’exporter 8 tonnes d’herbe que 8 tonnes de bananes.

En devenant des AOC, les DOM pourraient s’illustrer dans le marché mondial du cannabis en proposant des variétés particulières. En outre, cela pourrait profiter à d’autres secteurs, à l’instar du tourisme mais aussi de la restauration et même de secteurs plus ciblés comme la fabrication des voiles de bateau où des cordages.

Sur le plan social également les répercussions pourraient être nombreuses. Quand on sait à quel point le chômage chez les jeunes gangrène nos régions, le cannabis pourrait être un important générateur d’emplois.

Là j’entends des voix me dire..ouais, ça aura des répercussions désastreuses sur les jeunes…ouais, ça va créer de la délinquance…

Ah ouais ? Vous pouvez le prouver ? Parce que tous les états qui ont légalisé l’herbe ont plutôt connu des évolutions dans le sens inverse. A priori, le cannabis causerait moins de dégâts que l’alcool, mais là encore on peut débattre.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas l’herbe qui crée la délinquance, c’est l’acculturation et le désoeuvrement. Vu la situation, qu’est-ce qu’on pourrait bien avoir à perdre en envisageant l’économie du cannabis de façon sérieuse ?

Qui sait, rapport aux savoir-faire ça pourrait même rapprocher les générations.

martine fait de la beuh

Légalisation ou dépénalisation ?

La dépénalisation est un pas en avant pour les consommateurs de cannabis mais elle ne légitime que l’usage récréatif. Or les possibilités liées à la plante sont tellement multiples qu’une légalisation serait bien plus profitable à tous et en particulier aux collectivités qu’une dépénalisation.

Oui, mais ça reste illégal donc tout ceci reste de l’ordre du fantasme…

Non, cette perspective est très concrète. Avec du soutien et des études de marché, cela pourrait très bien se transformer en réalité.

Et si le gouvernement français a la mémoire courte, on peut par exemple rappeler qu’il a su par le passé autoriser par décret des produits qui étaient interdit sur le territoire national. Lorsque les producteurs de banane ont souhaité recourir à la chlordécone, l’Etat a permis son usage exclusivement pour les territoires d’outre-mer alors que la molécule était réputée dangereuse.

Ils ont su faire de l’interdit un possible. Pourquoi ne pas faire le même genre d’exception pour des causes plus saines ? En l’occurence une plante que l’homme utilisait déjà il y a 10 000 ans et dont les usages sont aussi divers que bénéfiques.

Et je ne vais pas la jouer “I have a dream“, les arguments que j’évoque sont valables même si le ton peut ne pas plaire. L’obéissance n’est pas gage d’intelligence, pour faire évoluer les choses il faut des désobéissants, des déraisonnables vis à vis du discours officiel. Georges Bernard Show disait:

« L’homme raisonnable s’adapte au monde ; l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable. »

Alors soyons déraisonnables, il parait que la chance sourit aux audacieux.

 

Article publié précédemment sur BYOWMAN.