L’Adultariat

Mais comment on fait en vrai pour être adulte?

J’étais à l’anniversaire de l’Agneau, dans un de ces pubs dont Londres a le secret; où se retrouvent pèle mêle, familles autour d’un roast sur canapé cosy, mecs épais imbibés de bière devant un match de Premier League (la fascination irrationnelle et excessive qu’ont mes congénères masculins pour le Football me laisse coi) et mini jupes sur décolletés plongeants autour d’un prosecco en terrasse.

– Mec tu la sors quand ta prochaine chronique?
 – Timal j’en sais rien, c’est le lessness en ce moment, le spleen quoi.
 – Ouais je vois le délire, la même ici. Qu’est-ce qu’on fout ici?
 – Dans ce Pub? À Londres? Sur terre?
 – Les trois Sam. Non sérieux, qu’est ce qu’on fout ici? De nos vies? Et surtout qu’est ce qu’on ne fout pas?

Ma coloc se joint à nous : “Putain, mais quelle saison de merde”.

– Ha ben tiens! Tu tombes bien, avec l’Agneau on se demandait ce qu’on foutait là
– Tu veux dire sur terre? Dans la vie?
 – Ouais, je sais pas si c’est la saison, ou la trentaine, mais ça pue un peu le spleen c’est temps ci.
 – M’en parle pas, j’ai des questions de merde dans la tête, le boulot ça va, mais je vais sûrement crever seule ou avec un gosse asiat’ que j’aurais adopté (elle bosse dans le marketing, dans l’industrie de la finance, à long terme y’a des chances qu’elle ait les moyens de se payer ce genre de choses – nous on devra surement produire nos gosses nous mêmes #tuffshit).
 – Non mais les gens, ça me rassure un peu, cuz it’s been a few weeks I have no FUCKING IDEA THE FUCK IS GOING ON. Genre dans ma vie, dans le monde, dans l’avenir…
 – Same here bruh. I just can’t figure it out
 – Heu…pareil ici, mais pourquoi vous parlez Anglais?

Ouais donc première chose, je sais ce que tu penses et tu as raison, on a des conversations bien déprimantes pour un anniversaire. Mais quand tu grilles une clope mouillée, sous un parasol qui protège d’une pluie épaisse et glacée, sous un ciel gris, dans un pub bruyant servant un Merlot pas dégueulasse mais pas vraiment top non plus, t’as pas trop le choix.  C’est un peu comme si l’univers installait le décor parfait pour une discussion prise de tête ou un film Français (ce qui admettons le, est sensiblement la même chose).

Ensuite, je me suis dit tiens, on est tous les trois en mode introspection et WTF is going on, c’est le hasard ou c’est un truc plus général? ET PAF je l’avais mon sujet de chronique.

Celle-ci donc; c’est pour mes misfits, mes paumés, mes trentenaires en galère qui défoncent Civilisation V entre deux bédots et qui essaient encore de comprendre “comment qu’on fait pour être un adulte.”

L’Adultariat.

Je ne sais pas si le concept existe vraiment. Je n’ai trouvé qu’une occurrence du terme sur Google, dans la bouche de Jamel. On a les références qu’on peut hein.

L’Adultariat donc, je vois ça comme une condition sociale, aussi pourrie que le prolétariat. A la différence qu’en théorie, avec l’ascenseur social toussa toussa, à force de travail et avec un peu (beaucoup) de chance, toi ou tes gosses avez une chance d’en sortir. Prendre une retraite à 60 ans (62 en 2017…85 d’ici à ce que notre génération approche des 60 ans), vivre quelques années le corps et l’âme usés par des décennies de labeur, souffler quelques années et crever, peut être en ayant pu acheter, pour les privilégiés, un 30m2 à léguer à ses gosses. Le prolétariat c’est la misère, c’est l’une des plus grosse quenelle (calme toi, range ta Licra, c’est pas un rally Dieudonné, j’ai dit quenelle pour être poli) que la société nous ait mise depuis 200 ans. Mais on en sort. Plus ou moins. L’Adultariat, c’est la même sauf que tu prends jamais ta retraite. Tu deviens juste plus expérimenté avec le temps avec des Boss de fin de niveau de plus en plus durs à battre. Mais tu t’en sort jamais vivant, de l’Adultariat. T’as pas 20ans de retraite (en espérant que tu vives si vieux) où tu peux kiffer un peu. Bon à part quelques privilégiés qui deviennent séniles ou choppent Alzheimer, à partir du moment où tu rentres dans l’Adultariat, ben c’est foutu; t’y es jusqu’à la fin. Ouais réjouissant tout ça. Deal with it.

Bon je t’arrête de suite. Si tu penses qu’il s’agit d’une figure de style, genre je commence la chronique en mode Noir c’est Noir, il n’y a plus d’espoir pour finir par un retournement rhétorique, sur une note positive façon Kumbaya chanté par Paolo Coelho, ce n’est pas le cas. T’as trouvé le début Dark? Accroche toi Alice, parce qu’on s’apprête à descendre au fond du tunnel et y’aura pas de lumière au bout. Juste un long corridor froid, humide et sombre où reposent les cadavres de tes rêves d’enfant. C’est Octobre, j’en suis à ma 2e gastro, mon compte en banque s’essaie à la spéléologie, mon nez coule, j’ai froid, j’ai repris du bide, mon recueil n’avance pas et on ne sait toujours pas si la fin du monde viendra des Russes, de Corée du Nord, d’une guerre civile raciale, d’une guerre mondiale civilisationnelle ou du réchauffement climatique. Bref je suis pas d’humeur et je veux ma Maman.

J’en parlais justement à ma Maman:

 – Sérieusement, c’est quoi ce bordel? Je sais que tu m’as beaucoup parlé, de l’enfance à l’adolescence, tu m’as donné pas mal de clés pour mieux appréhender les choses et je t’en remercie. Je serais sans doute plus paumé que je le suis aujourd’hui sans ça. Mais t’aurais pu me dire que c’était la merde en fait. Ché pas juste m’avertir. Un truc du genre “bon je te donne ces conseils là pour plus tard, mais ça veut pas dire que ça marchera. C’est juste comme ça”. Bref; rassure moi, avec le temps ça s’arrange? On commence à comprendre comment fonctionne les choses, l’amour, les gens, la vie.
 – Mon chéri, m’a-t-elle répondu (oui ma Maman m’appelle “mon chéri” et je t’emmerde), qu’est ce que tu veux que j’te dise? J’ai passé la cinquantaine et tout ce que je sais pour sûr, c’est que chacun fait du mieux qu’il peut avec ce qu’il a.
– Super Maman. Vraiment rassurant.

Parce que tout le problème est là. On grandi en regardant les Grands qui ont l’air sûrs d’eux, de prendre les bonnes décisions au bon moment, d’avoir un PLAN. On apprend à l’école que si on travaille bien, on fait ce qu’on nous dit, le maître, tes parents, ton patron, ton conjoint te foutront la paix et la vie va bien se passer.

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Cteu blague! Le désenchantement n’arrive pas d’un coup, genre une illumination. Nah, c’est plus vicieux. On grandit, tout doucement, on fait des expériences plus ou moins difficiles, on apprend quelques trucs pratiques, mais globalement on garde l’esprit de ses 18 ans, puis de ses 20 ans, puis de ses 25 ans et au fur et à mesure on regarde les plus jeunes évoluer, parfois avec bienveillance, souvent en se demandant ce qui ne va avec les gosses de nos jours. Tout en se disant que soi même, on est encore dans cette adulescence, moment béni entre tes 18 et 25 ans où tu profites d’une indépendance relative, mais globalement sans plus de prises de tête. Pourquoi 25ans? Ben ta carte Imagne R, tes réducs pour rentrer au cinéma et autres bénéfices liés au jeune âge s’arrêtent pile au moment où tu es éligible pour le RSA. Tu vois pas tout de suite venir le message que t’envoie la société. Pas tout de suite. Et puis un jour, un gosse de 23 ans vient te demander conseils sur la vie. Là deux choses se passent : la première c’est que tu te rappelles avoir eu cet âge et t’es pas complètement un enfoiré alors t’essaies de l’aider. La deuxième, celle qui te met le nez dans le tas de fumier, c’est que tu réalises qu’à ses yeux, TU es un adulte. C’est là que les choses se corsent. Tu es pris toi même dans le tourbillon de tes questionnements, de tes doutes, des plans sur la comète que tu fais encore (de moins en moins nombreux ceux là), tu viens d’ailleurs de demander conseil à un proche un peu plus âgé qui t’as répondu un truc super profond mais qui sonnait étrangement vague, un peu comme tu viens de le faire pour ce gosse. Tu vois où je veux en venir? VOILA! Tu es un adulte et en vrai tu sais pas trop comment aborder la vie, les choses et tu fais juste ce que tu peux. Et le proche qui t’a conseillé, ben c’est la même. Et ta maman, ben c’est la même aussi. Et au fur et à mesure, tu réalises que pas UN SEUL PUTAIN D’ADULTE que tu connais n’a vraiment idée de the fuck is going on. Que passé un certain moment dans la vie, les préoccupations, les doutes, les questionnements, les galères sont peu ou prou les mêmes pour tout le monde. Et finalement, y’a plus vraiment d’adultes vers qui se tourner, parce qu’au fond, la seule chose qui les différencie de toi, c’est qu’ils ont un peu plus d’expérience que toi pour manager le bullshit.

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Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici…

Je fais relire mes chroniques par des amis à mesure que je les écris, histoire qu’on me fasse savoir si je vais trop loin. Le commentaire d’une amie résume bien le délire :

l’adultariat c’est pourri hein j’aime pas. Pas ta chronique, mais le concept. L’adultariat, ça fait des bobos et y’a personne pour les panser a ta place” Tuff shit indeed.

J’ai fait un petit tour parmi mes amis Londoniens. Savoir comment ça va la vie. Résultat sans appel : soit je suis entouré par une bande de dépressifs défaitistes et flemmards soit cette période de la vie est vraiment trouble.

J’ai pensé un moment à mes potes mariés, avec enfants, jobs stables etc. La vérité, c’est que quand on gratte un peu, le fait d’avoir des gosses te laisse peu de temps pour l’introspection et l’auto apitoiement. Tes bobos passent après parce que tu as les bobos de tes gosses à panser (ou mieux à éviter). Mais les doutes sur tes choix de carrière, de compagnon, sur l’avenir sont toujours là. Tu y rajoutes juste une inquiétude similaire, mais en ce qui concerne ta descendance. YAY.

Bon on va être honnête deux minutes et mettre le long sanglot du célibataire trentenaire qui regrette le temps de la sieste imposée et du goûter à 16h, en sourdine.

Il y’ a peut être des gens qui ne se posent pas ce genre de questions ou qui au contraire ont peut-être une idée de la réponse.

Du coup j’ai étendu mes recherches et j’ai contacté plus de personnes, pour avoir leur avis sur la situation.

“Si je te parle de ma vie d’adulte, faut que je te parle de mon Xanax” – Une collègue au bureau, 28 ans.

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Hmmm mouais. Quelque chose me dit qu’avoir une réponse de la part de mes potes va être plus difficile que je ne pensais.

J’ai commencé par interroger la bande de potes blogueurs, chroniqueurs, journalistes et écrivains en herbe.

La première réponse qui m’a été proposée c’est la notion de responsabilité. De ses propres actes d’abord : “assumer les conséquences de ses actes, et s’assumer soi même.” Intéressant. Être adulte serait nettoyer sa propre merde derrière soi et ne pas attendre que quelqu’un d’autre le fasse. Damn! Cette définition exclut les gouvernements de ces dernières décennies – et une poignée de mes collègues. Mais bref, on avance. Un peu. Je crois.

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Garder l’émerveillement. Ça me parle. L’arrivée des responsabilités ne doit pas forcément coïncider avec le bâillonnement de l’enfant que nous étions.

En parlant d’enfants, justement, pour le moment ce sont les célibataires sans enfants comme moi qui m’ont répondu. Mais les parents, ils en pensent quoi?

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Ouais donc il semblerait que pour parler à un vrai adulte, je doive me référer à ceux qui ont déjà des gamins. Être adulte, ça serait de faire passer sa propre vie au second plan, pour s’assurer du bien être de sa descendance? Ça me parait un peu trop simple.

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“je suis née adulte”. Fin du game.

Difficile de savoir ce qui relève de l’humour et ce qui est un cri du coeur. Mais cette bande de trentenaires là n’a pas l’air plus emballée que ça par l’adultariat. Fin de l’émerveillement, fatigue, responsabilités, ça donne pas envie tout ça. Non vraiment. Là tout de suite, je comprends les motivations de Peter Pan.

Mais ne nous laissons pas abattre, je vois bien autour de moi, des “adultes” qui ont l’air de kiffer, de savoir ce qu’ils font, d’être plus ou moins en contrôle.

Comme d’habitude, j’écris mes chroniques en plusieurs fois et mon état d’esprit change avec le temps. Désolé Alice si je t’ai fait peur en début de texte. On va l’explorer ce tunnel et avec un peu de chance, on trouvera autre choses que les cadavres de tes rêves déchus. C’est dimanche, il fait beau sur Londres, ma couette a la température parfaite et j’ai passé mon samedi a manger des corn flakes (les special K avec des copeaux de chocolat dedans) et regarder Wakfu entre deux siestes. Donc ce matin, je suis plutôt de bonne humeur.

J’ai un autre cercle d’amis disons, plus raisonnables, ou plutôt dans une réalité différente que la mienne : propriétaires, en couple ou mariés, avec des enfants, nés ou en chemin, avec un vrai job – pas dans le marketing, la com’, l’écriture, les arts ou le journalisme, ouais je sais c’est parfaitement unfair et arbitraire comme vision, mais reconnaissons le, ces métiers attirent quand même un certain type de personnes; fais pas ta vierge effarouchée, j’en fais partie.

Je suis donc allé interroger ces potes que je vois comme plus responsables que moi.

J’ai commencé avec Peri Peri (non ce n’est pas son vrai nom), mon collègue de St Vincent. Player parmi les player, ancien DJ, swagué de la tête aux pieds, ce que l’on qualifierait chez nous de gros Kokeur. Un jour peut être je vous parlerai des aventures de Peri Peri, mais tout de suite c’est le Peri Peri sérieux qui nous intéresse.

“En fait, me dit-il (en anglais, j’ai traduit hein), pour moi ça a été un déclic quand mon fils est né. Avec ma femme on avait déjà eu une première grossesse, mais on avait 20 ans, trop jeunes, pas vraiment prêts. On a préféré attendre. Se préparer, finir nos études, trouver du boulot etc. Ceci dit, je crois pas qu’on soit jamais prêts à accueillir un enfant. On ne se dit pas “voilà c’est bon je suis un adulte responsable, je suis prêt à avoir un enfant” par exemple. On fait ce qu’on peut pour préparer sa venue, mais on ne se sent jamais “prêt”, assez “grand” ou adulte pour ça. On a tous plein de questions dont on ignore totalement les réponses, qui s’ajoutent d’ailleurs aux questions qu’on avait déjà avant. La vérité c’est qu’au moment où j’ai eu mon fils dans mes bras, quelque chose chez moi a basculé, j’étais maintenant responsable de cette petite chose (this little thing) qui n’avait rien demandé. Ça met en perspective beaucoup de choses. Tes priorités d’abord. Comment j’abordais ma carrière, mes loisirs, mes doutes et mes envies. Je suis devenu adulte je crois à ce moment, lorsque j’ai eu à faire la différence entre ce que je voulais faire de ma vie et ce que je devais faire de ma vie, parce que cette différence là avait un réel impact sur la vie de mon fils.”

Le player s’est rangé. Le plus drôle c’est quand il m’avoue que désormais, quand il a des week-ends “libres”, lorsque sa femme et son fils sont en vadrouille, ben il s’emmerde. Il m’explique qu’en même temps que ce déclic, cet alter ego gamin/ado qui avant faisait la fête ou se nourrissait exclusivement de pizza et de poulet frit devant sa PS3,à chaque fois que sa copine partait, ben il a disparu. “Quand ils s’en vont, je me dis toujours, ouais ce week-end, back to basics  : films, jeux vidéos, pizzas avec les potos. Et quand vient le samedi, je prends une soupe en regardant la BBC et le temps qu’il reste avant qu’ils ne reviennent. Mon idée du fun a changé; même si de temps en temps je vais foutre le boxon en boite avec les bros, c’est important de garder cette part là aussi.

Ok, j’ai quand même l’impression que se dessine une certaine logique dans ce passage à l’adultariat.

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Un autre ami, Guadeloupéen, cadre dans le sud de la France, avec une petite sur le point d’arriver me donne son approche de la question :

“C’est marrant car c’est une question que je me pose en ce moment avec l’arrivée imminente de ma petite, et que je ne me suis jamais posé avant..ou de manière superflue quand des gamins de 12ans m’appelle monsieur” (mais tellement!! putain de gosses!) “Je me demande quel modèle je suis et aimerais être pour elle (…) Le rythme de mon boulot fait que j’ai beaucoup de temps libre. Des grosses responsabilités au boulot mais aucune à ramener à la maison. Du coup (pour l’instant) je suis l’esprit libre pour chiller comme quand j’etais ado et ai cette impression d’être encore comme ça.” Il poursuit “Pour moi (être adulte) c’est aussi assumer ces responsabilités, tout en prenant du recul sur ce qu’on a vécu .

S’il fallait une frontière, physiquement et mentalement l’âge y est pour beaucoup :  je dirai vers 18 ans en moyenne soit la majorité pour ma part car c’est souvent à cette période oú on n’a plus de tâche ou boutons sur le visage, qu’on a deux trois poils, oú on arrive à se canaliser en public quand une fille passe(ou pas)… âge oú on commence surtout à prendre des responsabilités et à les assumer : divers choix de carrières, premier appartement sans les parents etc…presque comme si on avait le permis de conduire et qu’il fallait un peu (voir bcp)de temps avant d’être assez à l’aise. Pour moi c’était dans ces eaux là quand j’étais en prépa, m’a fallu lâcher prise par rapport à mes parents”.

Responsabilités, modèle pour son enfant, on retrouve les préoccupations énoncées plus haut par Peri Peri. Il introduit toutefois une autre notion, celle du rapport aux Parents.

Ma pote P qui a lâché la vanne “moi j’habite chez ma reum”, comme si ça l’excluait du débat, abordait déjà la question. L’indépendance morale et financière par rapport aux parents fait-elle de nous des adultes? Devenons nous automatiquement adultes lorsque nous prenons nous même le rôle de parent?

Changement de cercle d’amis. Cette fois, encore, des parents, mais aussi des gens en couple sans enfants et des célibataires.

A, 30ans, Martiniquaise, mère d’une petite fille (avec un deuxième en route), évoque comment son rapport à ses parents, notamment quand à l’éducation de sa fille a déclenché ce “déclic”. Durant la conversation, L, 30ans psychologue en région Parisienne apporte une dimension psychologique (ça tombe plutôt bien pour une psy) au débat. Elle insiste, conscience professionnelle oblige, pour que je précise qu’il s’agit de son avis personnel, aidé par sa profession, mais qu’en aucun cas il ne s’agit d’un discours de Psy, sanctionné d’une façon ou d’une autre par la profession.

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Ici, c’est la prise d’indépendance par rapport aux parents qui semble avoir marqué l’entrée dans la vie d’adulte. Moins comme une rébellion, mais comme un revendication de sa propre capacité à faire ses propres choix. La question de L est intéressante, perdre ses parents (littéralement comme symboliquement)  un en sens serait perdre cette présence au dessus de nous, presque divine et toute puissante, qui s’assurait de notre bien être et de notre développement. Devenir adulte, c’est tuer dieu?

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Responsabilités encore et toujours! Mais mais mais! R, autre pote, comme nous la trentaine, ingénieur en Travaux Publics quelque part en France (faut que je check mussieu plus souvent, je sais même plus où il habite…pas bien Sam, pas bien) pose aussi la question de notre accession au statut d’adulte, comme un passage par la démystification du statut. Ça me rassure un peu de penser que je ne suis pas le seul à me dire qu’en fait non, les “grands” n’ont pas forcément tout compris. Cette désillusion là peut être brutale et je pense qu’elle est la source d’un certain nombre de questions que l’on pose sur “devenir adulte”. En ce qui me concerne, j’ai trouvé un peu désarçonnant d’arriver à cet âge, qui ado me paraissait teelllllllllllllllllement loin, avec des gens telllllllllllllement confiants et sûr d’eux, pour me rendre compte qu’en fait que dalle. Il touche juste R avec son idée de “mort des idoles”. Mais assez parlé de mes propres doutes et retournons à ce qu’en pensent mes potes.

Si effectivement les idoles meurent, c’est surtout donc parce que nous accédons à leur statut, on se mêle, volontairement ou non des choses qui naguère ne regardaient que les grands. On devient soi même en quelque sorte une de ces idoles et on gère souvent une réalité qui nous était épargnée jusque là.

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“Le deuil d’une toute puissance infantile qui n’est qu’illusoire…” fiuuuu rien que ça! On croirait lire du Sam Kramrr! Bon je vous rassure, L ne parle pas toujours comme ça et j’étais d’ailleurs assez content qu’elle nous donne un point de vue de psy sur la question. Ça m’apporte la profondeur théorique que j’avais la flemme de développer.

Toujours sur la question du rapport à ses propres parents et de comment il impacte notre propre appréhension de l’adultariat, K, qui vient de rentrer en Martinique et qui habite chez ses parents le temps de trouver un appart’ complète la discussion :

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“Est-ce que c’est ce qu’on l’on cherche réellement”. Je devrais inviter plus souvent L dans interview et mes conversations, elle me mâche vraiment les transitions.

Des quelques témoignages que j’ai pu rassembler jusque là, l’adultariat me semble aussi complexe que je l’imaginais. Pas vraiment de réponses à apporter. Juste une impression que c’est avant tout une expérience personnelle, dictée par ses propres expériences, son éducation, le fait que le karma t’es plus ou moins préservé etc.

C’est la question de fin de L qui me trouble le plus et me ramène au début de cette chronique et de ma complainte du trentenaire qui devient adulte.

Clairement, avoir des enfants et fonder une famille marque l’entrée sans retour, dans la vie d’adulte. Enfin pour la plupart des gens. Je ne mentionnerai pas la catégorie “parents irresponsables” que je classe dans la catégorie anormalités.

L’indépendance financière et morale aussi marque la fin de l’enfance. L’on ne dépend plus de cette puissance supérieure et bienveillante. A l’instar de l’arrivée d’un enfant, quitter le nid est perçu aussi comme un marqueur de l’entrée dans l’adultariat, tant et si bien que le retour chez maman pour des raisons ou d’autres est perçu comme une perte partielle de ce statut d’adulte.

Responsabilités, indépendance, gosses, l’essentiel des témoignages que j’ai eu jusqu’ici ont plus ou moins décrit ce qu’était être un adulte, quels étaients les attributs liés à ce statut.

Mais je reste un peu sur ma faim.

J’ai eu quelques éléments de réponse sur “c’est quoi être un adulte”, mais trés peu sur “comment on fait pour être un adulte” et encore moins sur “mais sinon tu kiffes?”.

L, la psychologue du groupe qui a apporté au long de nos discussions une vision macro et théorique de la chose, n’a toutefois pas souhaité m’en dire plus sur son expérience personnelle. “C’est quelque chose d’intime” m’a t’elle dit. Chose que je peux comprendre. En relisant les témoignages des uns et des autres, certains que je connais depuis plus de 10ans, j’ai bien senti que tous me donnaient une définition d’être adulte. La question de savoir comment ils s’en sortent, comment ils gèrent tout le caca quotidien de la vie d’adulte a été abordée superficiellement. Comme s’il s’agissait d’une forme de tabou.

C’est sans doute ce que j’ai trouvé le plus intéressant, avec la nostalgie de l’enfance, à différents degrés (“être un enfant, mais indépendant). Comme s’il s’agissait de quelque chose qu’il faut garder secret, qui ne peut être exposé en public. J’avais commencé cette chronique très remonté contre mon statut d’adulte, contre la démystification forcée que  nous impose l’adultariat (c’était quand même plus simple quand il s’agissait de suivre les conseils et instructions de maman ou de papa), à la recherche de réponses, à savoir si j’étais le seul à passer par de longues phases d’introspection et de remise en question. L’engouement de la dizaine de potes que j’ai contacté, leur envie d’en parler, de discuter, de donner leur expérience de la chose m’a réconforté dans le sens où j’ai compris, que certainement avec moins d’emphase que votre serviteur, la plupart des trentenaires que je connais passent par ces mêmes questionnements. Personne ne m’a dit “ouais ben écoute Sam, c’est très simple, c’est la bouteille de lait Lactel…” (lève la main si t’as reconnu la référence! Les enfants, vous pouvez appeler tous ceux qui ont la main levée “Mr” ou “Mme”!).

En gros on est très certainement plus nombreux que je ne l’imagine à se poser ces questions, mais quelque chose me dit qu’on est pas prêts d’y répondre.